Sophie

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Je suis née à Londres dans une famille relativement aisée.

PREMIERS CONTACTS AVEC LA MUSIQUE : Mon père a bien réussi sa carrière d’ingénieur civil, ce qui lui a permis de faire voyager sa famille. J’étais l’aînée de 4 enfants. Jusqu’à l’âge de 8 ans, j’ai grandi en Afrique au Bostwana où mon père creusait des puits. Ensuite, nous avons vécu à Londres, et puis aux USA, à Washington. Depuis toujours, même en Afrique, je me souviens de la musique à la maison. Mes parents n’étaient pas musiciens, mais ils étaient passionnés par la musique, et le tourne-disque fonctionnait en permanence : Vivaldi, Bach, les Beatles et Queen. Comme Bruno, mon premier souvenir d’un instrument se situe dans une brocante, mais cette fois-ci à Stratford-upon-Avon où mes parents nous avaient emmenés visiter la ville de Shakespeare. Je devais avoir 8 ans. Soudain, sur un des stands, par terre, je remarquai une vieille mandoline avec le dos bombé. Elle était cachée derrière des casseroles de cuisine et un grille-pain bien fatigué. L’instrument coûtait 20 £ et, après beaucoup de négociation, mon père finit par me l’acheter. Je l’ai conservé, d’ailleurs je pense qu’aujourd’hui il vaut beaucoup plus, car à l’intérieur on peut lire qu’il a été fabriqué à Naples en 1870 !

sophie1Ma vieille mandoline

Mes parents m’ont inscrite à des cours de violon à 8 ans. J’étais contente, sans plus. Comme pour tout, je m’appliquais et m’imposais une discipline de fer, me levant à 6h du matin pour répéter, jusqu’à ce que le voisin se plaigne qu’en dépit de mes progrès, il préférait dormir ! Mes premières expériences dans la rue datent de cette période. Avec mon école, the London Suzuki Group, nous allions parfois jouer dans la rue à Covent Garden pour faire connaître l’école et récolter des dons. Je me rappelle avoir tout de suite adoré la sensation de liberté que me procurait le fait de jouer à l’extérieur avec mes amis. Partager la musique aussi spontanément avec des gens me remplissait de bonheur.

sophie2En Angleterre avec Lucy, ma sœur cadette

PARTIE AUX USA :
Lorsque j’eus 13 ans, mon père trouva un travail aux USA. Le déménagement qui suivit fut une grande déchirure émotionnelle pour moi, et je me refugiai dans la musique. J’ai continué le violon classique avec Rhonda Cole, un professeur hors pair. Elle m’a supportée dans tous mes états – cheveux bleus, maquillage extravagant, vêtements déchirés -, et je lui dois tout ce que je sais en matière de musicalité. J’ai continué à jouer dans la rue, à Georgetown et à Nantucket (Rhode Island), mais cette fois-ci avec mes sœurs et mon frère, eux aussi musiciens accomplis. Notre petit frère, qui n’avait que 8 ans à l’époque, était la pièce maîtresse de notre spectacle. Mais comme il se fatiguait vite sur son violon, il fallait toujours un bon stock de bonbons pour le motiver ! Avec l’argent que nous récoltions ainsi, nous financions en partie notre retour en Angleterre tous les étés pour revoir nos amis.

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Georgetown, 1984, avec mes deux sœurs et mon frère

À 15 ans, ma passion pour la musique populaire se réveilla et guérit progressivement mes plaies d’adolescence. Je me rendais fréquemment dans les festivals de musique irlandaise et country dans les états avoisinants Washington, en Virginie et au Maryland. Avec ferveur j’observais les maîtres, et me fis surtout des amis qui, comme moi, étaient passionnés par la musique folk. Avec eux, certains week-ends, nous pouvions jouer jusqu’à 8 heures d’affilée. Nous faisions des concerts, et nous jouions fréquemment devant des stations de métro à Washington, et plus tard à Boston et à New York.

sophie416 ans, en pleine répétition

RENCONTRE AVEC BRUNO :
Lorsque j’ai entamé des études de littérature, la musique s’est estompée de ma vie. Je n’avais plus assez de temps à consacrer au violon, et je perdis peu à peu le contact avec mes amis musiciens. Cette période de coupure avec la musique qui dura pendant 7 ans fut douloureuse pour moi, mais la passion de la musique finit par me rattraper. Après un long parcours universitaire, je revins à Paris pour chercher du travail. Malheureusement (ou heureusement), personne ne voulut de mes connaissances un peu trop spécialisées (littérature comparée féministe polonaise et française). J’enchaînais des entretiens sans succès. J’envoyais des CV dans le vide. J’étais même prête à accepter de jouer du violon à Disney World (en minijupe) lorsque mon chemin croisa celui de Bruno.

sophie5Pendant mes études en Pologne (je portais toujours un stylo à portée de main)

Bruno avait été invité par son ancienne école, La Rosace, à participer à un concert de blues. Arrivé à Paris quelques jours avant, il jouait un peu dans le métro. Pour ma part, j’étais toujours à la recherche d’un travail. Un soir, alors que je revenais d’un entretien chez Manpower dans le 8ème arrondissement, avec seulement quelques sous en poche et la préoccupation d’un loyer impayé, je passai devant Bruno pour la première fois à la station de métro Franklin Roosevelt, mais ne le remarquai pas. Il était en pause et fumait une cigarette. Je marchais toujours en direction de mon train, lorsque soudain une musique tendre remplit l’air. Je croyais entendre une harpe ou un clavecin. Pour moi, en tout cas, il s’agissait d’un son céleste. Je fis demi-tour et, comme hypnotisée, je suivis le son des arpèges argentés qui caressaient l’air d’une douceur infinie. Quand je me retrouvai devant un homme à chapeau noir, l’air endurci et guitare-à-la-main, ma surprise fut au comble. Faisant confiance à mon intuition, j’osai l’approcher. « Pourrions-nous jouer ensemble ? », lui demandai-je avec un accent prononcé. Après réflexion, l’homme au chapeau me répondit que oui, et nous nous donnâmes rendez-vous le lendemain à la station Saint-Lazare. On me demande souvent si pour la musique nous nous sommes entendus tout de suite avec Bruno ou s’il nous a fallu du temps pour tout mettre en place. En fait, dès l’instant où nous avons commencé à jouer ensemble dans les couloirs souterrains de la Gare Saint-Lazare, nous nous sommes compris musicalement et humainement. (Nos différences de culture furent une autre histoire !)

sophie6Bruno tel que je l’ai connu en 1996

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Escale à Nantes, 1996

Nous quittâmes Paris un mois plus tard. Ce fut pourtant une décision difficile à prendre. Plutôt qu’une vie facile, je fis le choix de la vie d’artiste. De toute façon, pour moi c’était écrit d’avance, car j’ai toujours été plus à l’aise dans des rôles d’instigatrice et de productrice plutôt que dans ceux de simple observatrice et de critique. Je dois dire aujourd’hui que je ne regrette rien. J’ai choisi la route la plus longue et la plus dure, certes. Mais elle est jonchée de bonheur et de liberté. Et ça, ça n’a pas de prix.

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Un de nos premiers concerts, « La Mine, » 1996

sophie96 ans plus tard, Château d’Excideuil

sophie10Festival à Lillebonne